Bévues de Presse

"Information juive"

 

Essai pour un vrai débat sur le maljournalisme

 

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© Mensuel Information juive (Paris, mai 2002)

 

 Le maljournalisme

        Voici un livre dévastateur dont on devrait rendre la lecture obligatoire. On comprend que des éditeurs parisiens prestigieux aient - quelle prudence! - renoncé à le publier. Raison de plus pour féliciter les éditions du Félin d'avoir eu ce courage. Et puisque le livre risque de passer inaperçu, parlons-en! Il s'agit là d'un voyage salutaire dans ce que l'auteur appelle «les terrains jamais (ou peu) explorés de la presse française». Jean-Pierre Tailleur est convaincu que la presse française est parfois «digne d'une république bananière».

Elle manque de professionnalisme ou d'ambition. L'intérêt du réquisitoire de M.Tailleur est que les preuves de la connivence, de la paresse, des dysfonctionnements, des inexactitudes, des approximations, des négligences et parfois des «bidonnages» de la presse française sont là, à la portée du lecteur. L'auteur affirme ne pas attaquer le journalisme d'opinion mais «la malhonnêteté intellectuelle de certains rédacteurs qui se drapent derrière le cache-médiocrité de la "ligne éditoriale" pour publier n'importe quoi».

      Dans la presse française qui a «tendance à donner des leçons au monde entier», c'est souvent l'opinion du journaliste qui prime. On est fort, très fort quand il s'agit d'éditorialiser, beaucoup moins quand il s'agit d'enquêter et de publier des reportages qui s'appuient sur des faits. L'auteur s'étonne, par exemple, que les rédacteurs qui, à longueur d'articles, se contentent de citations tronquées et d'approximations sont rarement dénoncés. Les «chauffards du journalisme» ne sont pour ainsi dire jamais condamnés. Ainsi il arrive au Canard enchaîné «d'être de mauvaise foi» comme lorsque Roland Dumas s'est trouvé poursuivi par la justice. Mais qui oserait «voler dans les plumes» du Canard? Et quand le journal Marianne compare le tchatchérisme au stalinisme, qui trouve à y redire? «C'est insultant - écrit Jean-Pierre Tailleur - pour les victimes des régimes communistes et cela ferait hurler de rire les travaillistes les plus à gauche». Il observe que c'est Le Monde qui donne le «la» aux journaux du soir des chaînes de télévision. Et quand tel quotidien prétend être dans le vrai puisque ses ventes ne cessent d'augmenter, Tailleur répond qu'on ne juge pas «de l'utilité de Renault ou de Danone à leurs seuls chiffres d'affaires».

       Certes, il y a, depuis quelques années déjà, des «médiateurs». Mais celui d'El Pais - en Espagne - hésite beaucoup moins que son collègue du Monde - pas toujours à la hauteur de sa réputation - «à critiquer ses collègues pris en flagrant délit journalistique (...). Au journal El Pais, le médiateur a le courage d'un toréador, alors qu'au Monde, il fait du taureau-piscine: il se mouille sans trop de danger».

      Désormais, quand vous lirez la rubrique «Proche Orient» dans un certain nombre de vos journaux, pensez à ce terrible diagnostic de M.Tailleur. «La presse française éditorialise et maquille la réalité trop souvent, justement suivant les sacro-saintes lignes éditoriales».

Victor Malka

 

Commentaire de Jean-Pierre Tailleur: La plupart des journalistes français font un travail correct. Trop de trains arrivent en retard, cependant, et peu nombreux sont ceux qui ont le courage d’en débattre.

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